jeudi 8 novembre 2007

Les Polaroïds SX-70 de Xavier Martel



Photo Xavier Martel,
"
Hortensia, 24 juin 2005, Kyôto" (Polaroïd SX-70)


André Kertész et Walker Evans furent les premiers, dans les années 1970, à faire un usage artistique des films Polaroïds destinés au marché amateur. On connait l'engouement qu'ils suscitèrent chez de nombreux plasticiens la décennie suivante...


Depuis le début des années 1990, Xavier Martel accumule les polas SX-70, fragments minuscules et sensibles de son quotidien, d'un journal intime en images. A l'époque nous étudions ensemble à l'Ecole Nationale de la Photographie d'Arles et je me souviens qu'ayant décidé de sécher un cours où nous devions présenter nos travaux, je lui avais confié mon appareil ainsi que deux châssis de polas 600. Ceux-ci étaient accompagnés d'une lettre lui demandant de « réaliser à ma place et avec toute ma sensibilité » des photos de sa salle de bains, tâche dont il s'est acquitté bien sûr avec brio. Je ne peux m'empêcher de sourire, aujourd'hui encore, à l'évocation de cette blague potache qui tentait de mettre à mal la sacro-sainte notion d' « auteur », de semer le doute dans l'esprit de nos camarades... (je remercie notre professeur Christian Gattinoni qui toléra nos provocations à répétition avec une patience bienveillante).


Depuis son séjour à la villa Kuyojama, au Japon, les images de Xavier sont plus sentimentales que jamais – sans jamais verser toutefois dans le sentimentalisme – et sous l'influence nippone, d'un formalisme qui séduit par sa retenue. Ces images pâles évoquent l'estompe du temps qui arrondit et lisse les souvenirs. Les couleurs passées, le contraste faible, la surexposition parfois, renforcent l'impression de précarité et de fragilité des instants, des lieux et des objets photographiés.


Quand on sait que la production du Polaroïd SX-70 a été récemment interrompue – ce qui fut je me souviens un sujet d'angoisse pour une autre adepte de ce film et complice du collectif Foto Povera, Corinne Mercadier – , un tel parti pris n'en est que plus émouvant : malgré les stocks de réserve constitués par certains dans leurs réfrigérateurs, de telles images ne seront plus réalisables dans un avenir proche.

Aucun commentaire: