lundi 17 mars 2008

Les histoires de bleu de la Foto Povera (argentiques et numériques)

Photo Remi Guerrin,
« Le bonheur retrouvé, Hué, Vietnam, 2006 »
(Sténopé / Pinhole & tirage charbon bleu / Blue C-Print)


« La question que l'on me pose souvent : pourquoi avoir choisi le bleu ? D'abord, il n' y a rien, ensuite il y a un rien profond, puis une profondeur bleue... »

(Yves Klein)


Bien sûr, cette citation relative à ma couleur préférée me fait penser aux cyanotypes et tirage au charbon bleus de mon ami Remi Guerrin, cette tonalité qui unifie ses séries, mais aussi à ses tirages au charbon bleus (et ce n'est plus tout à fait le même bleu...).


Photo Bruno Debon, « Sans titre, 2006 » (Photo prise au tél. mobile)


Et puis il y a ce recueil de poésie, sans aucun doute mon préféré, Une histoire de bleu de Jean-Michel Maulpoix (1994), qui écrit :


« Écouter ce bruit vide n'est que vivre et se tenir en soi : habiter sa propre pâleur, avec ce curieux désir de couleurs qui démange, qui agace, ce goût de sucre que laissent dans la bouche certains mots. [...]

Là.

A portée de main, croirait-on.

Là, à peu de choses près. Pourtant, on ne voit rien : le coeur et la tête restent vides. On a du bleu auprès de soi, on le sent au-dedans, mais on n'en peut rien faire, rien prendre ni rien dire. On s'accommode jour après jour de cette absence. »



Yannick Vigouroux, « Mascarade # 41 d'Anne-Marie, 2004
(Holga & tirage charbon bleu / Blue C-Print)


J'ai toujours eu le sentiment d'avoir du bleu en moi, ce vide difficile à décrire qui me remplit paradoxalement.

Aussi, quelle fut ma joie lorsque, demandant à Remi de tirer quelques de mes « Mascarades », j'ai pu, après plusieurs tests, choisir mon bleu, un bleu plutôt foncé, qui donne je crois une belle unité, comme dans les séries de Remi, à ces images de format 6 x 6 cm tirées par contact.

4 commentaires:

Unknown a dit…

Un jardin bleu, une fenêtre ouverte vers le ciel bleu de nuit, une femme bleue sur un canapé bleu... trois bleus différents qui en appellent à la quiètude, au repos, à une forme de délivrance.
Une instantanéïté céleste qui semble presqu'inaugural... elle est de bon augure, elle déclanche un processus de paisible clarté qui entre en celui qui regarde.
Bien évidemment, le bleu qui nous interpelle sans fin sera celui du ciel, de la mer, de la robe, d'un regard ou d'une fleur.
Le bleu est une couleur froide, quasi glaciale. Mais il existe des bleus assez chauds.
Lors d'un ateleir sténopé -Haïkus et cyanotype, avec Remi, i ly a quelques années, les enfants avaient joué sur les mots : bleu de peur, bleu de froid, j'ai un bleu, j'en suis bleu, je ne vois que du bleu...
Toutes sortes de bleus...

"- jai une frousse bleue
dans ma trousse un oiseau bleu
qui récite la table de 2

- en tombant dans le ciel
je me suis fais un bleu
mon genou a eu peur

- je lance la pierre dans la marelle
une craie bleue s'écrase
je saute de case en case... "

La femme bleue évoque sans équivoque aucune, ou incarne ici, donne chair, bleue, à la Gopi qui accompagne Krishna.
l fauteuil bleu un lieu de rêve, un endroit intermédiaire comme une salle d'attente. Et le masque ? Eh bien ! ce serait l'annonciation d'une autre identité, sacrée, qui se cache encore mais aussi précieuse que le lapis-lazuli.

cette image me fait penser à un film de Kubrick "eyes.."

Une légende bretonne raconte que certaines nuits des femmes se promenaient sur la lande déserte le corps recouvert de pigment bleu.

Unknown a dit…

Dans ces infinis qui se nuancent en ondes bleutées, bleuissantes, bleuâtres, je retrouve les plumes de l'oiseau bleu, l'oiseau magique, qui se transforme en prince charmant.
"oiseau bel oiseau aux couleurs du temps
oiseau bel oiseau aux couleurs du ciel
viens si tu m'entends
exauce mon voeu"

C'est une couleur de conte, aux odeurs de mommes et de poires, de coin de feu, de braises ardentes lorsqu'il fait froid dehors et que tombe la nuit.

Une ambiance de plage et de vagues, de reflets de nuages dans les flaques d'eau, de poissons des lagunes pélagiques, de maillot de bain et de corps ensoleillés.

Une clarté de gouttes de pluie, de vitraux à la Chagall, de rayons de soleil dans la chambre bleue, un songe au bord d'un chemin d'herbes, un parfum qu iest celui de la fameuse " heure bleue ".

le coloris du voile de la Vierge Marie, de la mère divine, dans plusieurs traditions, (maris stella - étoile de la mer ) le voile qui recouvre la mer, la couleur de la maternité reprise par Picasso, (mer vient du latin mater) , de la mère et de l'enfant...

La couleur du temple d'Isis, bleu de ciel étoilé, et c'est ainsi que le chemin bleuté nous relie infiniment à tout ce qui est au-delà de nous, au monde spirituel, au monde intérieur, en cet espace ou en cet état où l'on est proche de l'état d'enfance, décontracté, totalement soi même.

Dans le bleu du temps, le bleu de l'infini,
j'inscris les silences de la pluie
les r^peves qui jonchent le lit de mes nuits
le solennel regarde posé par le ciel
sur la page du livre que j'écris

et qui est celui de ma vie,

dans le bleu du myosotis, dans le bleu du lilas,
je grave les mots d'un poème fleuri
les vers qui sourdent de mon coeur
comme l'eau du'ne source au reflet de la mer

et qu iest celle qui me désaltère,

dans le bleu de la nuit, le bleu du cèdre
dans le bleu des plantes qui s'acclimatent à chaque saison,
dans le bleu de cette maison au calme tranquille
j'entends battre le coeur du bonheur retrouvé

Vigouroux a dit…

merci Véronique pour cette nouvelle contribution littéraire ! Cela inspire le BLEU !...

Unknown a dit…

Paul Florensky écrit dans son livre " la perspective inversée "
je me permets d'en reproduire un extrait :

" La Sophia (sagesse) se montre à nous comme bleue ou violette. Comme l'âme du monde, l'essence spirituelle du monde, comme le paravent bleu étendu au-dessus de la nature. Dans la vision qu'eut Viatcheslav Ivanov , notre âme comme le premier fondement de notre être, lorsque le regard se plonge mystiquement dans lesp rofondeurs du moi, notre âme est comme un diamant bleu. "

autre livre : la colonne et le fondement de la vérité

" selon Hegel le bleu correspond à la douceur, à l'expression d'un esprit achevé et de la paix de l'âme, à une tendance sentimentale ( dans le bon sens, l'ancien, du terme) car il a pour l'origine l'obscur, qui ne provoque pas d'oppositions. "

"la même image du bleu de Choraï ,est propre aux japonais. Ils la représentent en couleurs sur leurs kimonos. l'idée de belu se mêle à la sensation de l'athmosphère des âmes, quelque chose d'analogue au Grand Etre. "

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' le bleu très foncé du plafond du mausolée de Galla Placidia est extraordianairement profond, comme inexplicable, dit un voyageur en décrivant les mosaïques de Ravenne ( V siècle)le voile éclatant du'un feu bleu qui couvre le sarcophage est digne du songe d'une imagniation religieuse enflammée... "